L’invasion inattendue de l’Ukraine voisine par la Russie a déclenché une formidable vague de solidarité. L’appel de l’ANRB à ses membres a également eu un effet immédiat. Conformément au courrier que j’ai envoyé à tous nos membres, certains d’entre eux ont fourni un hébergement temporaire aux réfugiés ukrainiens, tandis que d’autres ont apporté une aide financière importante. Cela prouve que les vieilles valeurs d’humanité et l’entraide ne sont pas des mots vains. Je voudrais donc remercier tous ceux qui se sont investis en faveur des réfugiés. J’espère que dans l’UE, les autorités compétentes se prépareront à un accueil à long terme, car la résistance héroïque menace de prolonger la crise ukrainienne plus que prévu.

Cela m’amène à la situation sur le terrain. Pour le moment, il y a une sorte d’équilibre entre les attaquants et les défenseurs. Cette impasse prouve la résilience inattendue des Ukrainiens dirigés par le président Zelensky qui a surpris tout le monde par sa fermeté et son talent de communication. Il n’est pas exclu que cette impasse perdure et que la situation sur le terrain se transforme en une sorte de conflit gelé. Pour sortir de cette impasse, il n’y a que deux solutions : soit l’une des parties belligérantes réussit à changer l’équilibre en sa faveur, soit des négociations ont lieu entre les deux parties.

La première option domine la scène. Précisément pour briser l’équilibre militaire des forces, Poutine cherche à accroître son influence en augmentant le nombre de troupes attaquantes, en surmontant ses problèmes logistiques, en effectuant des bombardements terrorisant les civils et en appliquant une domination sans scrupule sur un certain nombre de villes ukrainiennes telles que Marioupol. En outre, Poutine menace d’utiliser des armes chimiques ou pire encore. C’est comme si le président russe savait qu’il était pris au piège et qu’il essayait de sortir de cette répression avec toutes sortes de moyens et de menaces. Il semble supposer que le temps joue en faveur de la Russie beaucoup plus grande que l’Ukraine. Du côté ukrainien, tous les efforts sont faits pour renforcer sa propre force. Là où non seulement Moscou mais aussi l’Occident supposaient que « l’opération militaire » serait terminée endéans quelques jours, il apparaît maintenant que l’interaction de l’armement de l’Occident avec la motivation croissante fait de l’armée ukrainienne de Kiev un adversaire redoutable qui, dans de nombreux endroits, a réussi à arrêter ou même à repousser l’envahisseur russe. L’interdiction de vol demandée par Zelensky au-dessus de l’Ukraine peut pour le moment être suspendue par l’OTAN pour éviter l’escalade, mais la résistance ukrainienne reste remarquable. Ne sous-estimez jamais la force d’un pays qui se bat pour son existence.

La deuxième option, à savoir la négociation, offre peu de perspectives pour le moment. Sur le papier, des négociations de niveau inférieur sont menées pour maintenir les canaux ouverts et obtenir un avantage de propagande. Les couloirs humanitaires convenus ne sont autorisés que dans une mesure limitée par la Russie, un cessez-le-feu est encore loin et les exigences russes (l’Ukraine doit abandonner l’OTAN et la Russie doit obtenir des concessions territoriales) placent la barre très haut. Ce n’est que lorsque la Russie comprendra qu’il lui est impossible de sortir de l’impasse actuelle que Moscou acceptera de vraiment négocier. À ce stade, l’Occident doit renforcer son aide à Zelensky en l’impliquant étroitement dans le sort ultérieur de nos sanctions contre la Russie. Comme toutes les sanctions, il faudra un certain temps avant qu’elles ne fassent vraiment mal, mais avec le temps, elles feront vaciller l’économie russe. Et bien sûr, Moscou devrait le savoir aussi.

En plus de la situation sur le terrain et des options militaires et diplomatiques possibles, de nombreux changements géostratégiques se démarquent. Je pense ici à l’ordre mondial global et à la relation transatlantique.

L’Occident s’est montré beaucoup plus déterminé et uni que prévu. Trois facteurs ont joué un rôle à cet égard. Tout d’abord, l’Union européenne semble beaucoup moins divisée que prévu : l’indignation de notre population et la tendance croissante à rester unie y ont joué un rôle important (pensez au Brexit, aux règles climatiques ou au paquet de soutien de 750 milliards). Deuxièmement, le changement gouvernemental à Washington a ramené au pouvoir un groupe de personnes pour qui l’Europe est un partenaire irremplaçable. L’arrivée de Biden à Bruxelles il y a quelques jours en était une expression claire. Les consultations transatlantiques sur les sanctions et l’assistance militaire à l’Ukraine montrent à quel point l’Amérique et l’Europe se sont à nouveau rapprochées. Troisièmement, la résilience du gouvernement allemand a une fois de plus redistribué les cartes en Europe (pensez au blocage de Nordstream Two et à l’assistance militaire à l’Ukraine).

En ce qui concerne les conséquences géostratégiques, il me semble que certains grands pays tiers observent une attitude expectative. Comme l’a démontré une récente condamnation de l’invasion russe par l’Assemblée Générale des Nations Unies, ces pays adoptent une position « neutre ». Ils regardent principalement leur intérêt personnel et attendent que le cours et l’issue du siège russe sur l’Ukraine prenne fin pour prendre position. Après tout, les grands acteurs de l’économie mondiale ne veulent pas courir le risque de perdre leurs deux plus gros clients, à savoir l’Europe et l’Amérique.


Nous remercions le baron van Daele pour la rédaction de cet article.

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