Quelle merveilleuse rencontre avec une femme extraordinaire !
La Baronne Bénédicte Frankinet, diplomate au parcours prestigieux, nous embarque avec elle pour retracer son parcours, partager ses réflexions et anecdotes.

Pouvez-vous me raconter votre parcours ?

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Passionnée par l’international et les contacts humains, j’ai commencé des études de sciences politiques et un programme combinant l’ethnologie et l’anthropologie. A la sortie, alors que rien ne m’y prédestinait, ni famille, ni ami diplomate, j’ai passé le concours diplomatique. Les résultats en poche et les premières formations passées, j’ai rejoint mon premier poste d’attaché d’ambassade à Brasilia en 1979.

Ensuite, j’ai été nommée secrétaire d’ambassade auprès de la représentation permanente de la Belgique auprès de l’ONU à New York. De retour au pays, j’ai rejoint la représentation permanente auprès des Communautés Européennes puis le cabinet du Ministre des Affaires étrangères de l’époque, Willy Claes. En 1994, j’ai sollicité un poste à Paris, un poste passionnant tant en raison de l’agenda européen, que des sujets liés à la sécurité et défense, aux Balkans et à l’Afrique.

En 1999, il était temps de changer et de découvrir autre chose. Je suis devenue ambassadeur au Zimbabwe – comme je l’avais demandé - d’où j’étais aussi accréditée au Mozambique, en Zambie, et au Malawi. Des pays avec lesquels on gagne des points au scrabble...

Après l’Afrique, retour en Belgique comme directeur Nations Unies au SPF Affaires étrangères, puis une nouvelle ambassade en Israël, un poste où les codes sont différents, pas toujours diplomatiques. Il y a dans ce pays 10.000 belgo-israéliens, mais aussi bien entendu des questions difficiles pour l’Union européenne, le conflit israélo-palestinien, avec des conséquences parfois directes pour la Belgique, comme la destruction par l’armée israélienne de projets financés par notre pays dans les territoires palestiniens. Une chose est sûre, c’est un poste dont les rapports sont lus avec attention.

Enfin, j’ai été nommée représentant permanent aux Nations Unies où, grâce à une équipe de collaborateurs, jeunes, dynamiques et performants, j’ai pu travailler intensément sur des questions de gouvernance mondiale de tous ordres. De l’aide humanitaire en Syrie au développement durable, en passant par la lutte contre l’impunité.

Puis l’heure de la retraite a sonné, mais j’ai été rappelée pour contribuer à la campagne de la Belgique comme candidate pour un poste au Conseil de Sécurité, qui heureusement a été couronnée de succès. Désormais, je partage connaissances et expérience à l’Institut Egmont, Think Tank sur les questions diplomatiques, qui organise notamment des formations pour les jeunes diplomates de pays en développement. Je suis aussi chargé de mission auprès de Sa Majesté la Reine sur les questions de développement durable.

Quels ont été vos meilleurs souvenirs ? les postes qui vous ont le plus marqué ?

Le poste qui restera un grand souvenir professionnel est mon poste d’ambassadeur aux Nations Unies : il faut s’informer en permanence, bien connaître les positions et l’influence des différents états et de leurs représentants. Le défi est de jongler avec les agendas politiques, les sensibilités culturelles, les perceptions personnelles ou tout autre grain de sable qui peut se glisser. Mais je l’ai dit, j’avais une équipe jeune et formidable.

Toutefois, mon poste de cœur restera le Zimbabwe. J’y séjournais avec ma famille et m’y suis acclimatée aisément. Le Zimbabwe était alors présenté comme « Africa for Beginners » : un pays au climat agréable et où, à l’époque, l’héritage britannique n’était pas loin, du moins en terme de bonne organisation. Chacun des pays de la juridiction avait un caractère différent : la Zambie, près du Katanga, déjà proche de l’Afrique centrale, le Malawi un beau pays de lacs mais très pauvre, et, au Mozambique, pays bien davantage métissé, où on parlait le portugais, que j’avais appris à Brasilia. C’était un poste passionnant avec des défis très variés, d’autant que le Zimbabwe plongeait dans une crise politique et économique – dont il ne s’est pas encore remis - et que la Belgique avait la présidence européenne à ce moment.

Avez-vous une anecdote à partager avec nos membres ?

Je me souviendrai toujours de mon premier ambassadeur, un diplomate de l’ancienne école, qui m’avait invitée à prendre le thé dans sa résidence à Brasilia. Après m’avoir demandé si je prenais du sucre, il m’a interrogée : « Mademoiselle, dites-moi. Faites-vous ce métier sérieusement ? ou en attendant… ? » En attendant quoi… ? Autre temps, autre mœurs, mais quand-même ! Heureusement, je n’ai jamais été susceptible.

Vous avez été anoblie en 2015, comment le vivez-vous ?

J’ai été très honorée de cette reconnaissance à laquelle je ne m’attendais absolument pas. Je sais que certains se mobilisent pour être reconnu mais, personnellement, j’espère surtout, par ce biais, offrir un modèle pour les jeunes diplomates et leur montrer que la voie est accessible.

Quel est votre message pour les jeunes ?

Les jeunes, d’évidence, ne constituent pas un groupe homogène. Je crois vraiment qu’il faut impérativement les écouter et intégrer leurs positions pour faire changer notre monde. Il est évident que les recettes du passé ne peuvent plus être d’actualité. Un exemple en matière de développement durable : le rapport du Club de Rome sur les limites de la croissance date de 1972, il y a 50 ans, or la vitesse de réaction est trop lente. Ecoutons la jeunesse et bâtissons sur son énergie pour affronter les défis d’aujourd’hui.

Quelle personnalité ! Nous pouvons nous estimer ravis de compter parmi nos membres, la Baronne Frankinet, une femme de conviction qui a toujours à cœur de contribuer, d’avoir de l’impact et de faire avancer les choses.


Interview réalisée par Catherine de Dorlodot.

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