Sous l’impulsion de Clotilde de Montpellier d’Annevoie, “Farm for Good” a vu le jour en 2020 et regroupe aujourd’hui un réseau de fermes qui entreprennent ensemble leur transition agroécologique et recréent des filières locales et rémunératrices.

Clotilde nous livre les étapes de ce projet ambitieux.

Quand et comment est né votre projet ?
Je suis chercheuse - géographe à l’Université de Namur et je travaille depuis de nombreuses années sur les questions de transition des territoires ruraux. La question de l’agriculture est évidement centrale dans ces réflexions. N’étant pas à l’aise dans des recherches scientifiques trop théoriques et éloignées de la réalité de terrain, j’ai proposé à mon référent académique d’orienter mes recherches sur les verrous et obstacles à la transition agroécologique des fermes wallonnes de grandes cultures et de transformer ma thèse en recherche-action. C’est une démarche qui vise à mener en parallèle l’acquisition de connaissances scientifiques et des actions concrètes et transformatrices sur le terrain. J’ai la chance de posséder des terres agricoles familiales de mon côté de la famille ainsi que du côté de mon mari, elles allaient être mon terrain d’expérimentation.
La réponse de UNamur a été très enthousiaste.

Quel est l’objectif du projet « Farm for Good » ?
Au départ, le constat est que le secteur agricole est en crise et que la plupart des fermes wallonnes désirent faire évoluer leurs pratiques mais elles sont verrouillées dans un système qui les bloque à tout point de vue. L’objectif est donc de rendre possible ce basculement pour les agriculteurs en les soutenant sur les aspects techniques et agronomiques mais aussi sur la création de filières.

« Savez-vous, par exemple, qu’aujourd’hui, 50% de nos surfaces agricoles sont consacrées aux céréales, mais seulement 10% de celles-ci sont valorisées dans l’alimentation humaine. Et à côté de ça on importe notre farine ! Quasi toute la capacité de meunerie belge est située en Flandre, seulement 5% de la farine belge est moulue en Wallonie, si on veut changer ça, il faut recréer des filières complètes au niveau des territoires » .

L’idée est donc de relocaliser notre propre alimentation avec des fermes qui s’inscrivent dans des pratiques agricoles durables et régénératrices du sol et des écosystèmes.

Farm for Good est un réseau de fermes qui entreprennent leur transition agroécologique, et qui se rencontrent sur leurs envies de :

  • Mettre sur le marché des produits alimentaires de qualité
  • Retrouver une auto-fertilité de leurs sols
  • Restaurer les infrastructures écologiques afin de maximiser la biodiversité
  • Stocker du carbone pour mitiger voire atténuer les effets du changement climatique
  • Rendre les fermes rentables et transmissibles à la génération suivante.

Comment avez-vous mis en œuvre ce projet ?
Au départ un noyau dur de quatre fermes s’est mis en place et s’est associé rapidement avec des entrepreneurs désireux d’apporter leur expertise au développement du projet. Nous avons aussi réussi à recruter un collectif d’experts (en santé des sols, grandes cultures, agroforesterie, eau, élevage, énergie) afin de mettre en place tout le processus d’accompagnement et d’élaboration des plans d’action des fermes vers des pratiques agricoles régénératrices.
Aujourd’hui, nous disposons d’une « boîte à outils » que nous mettons à disposition d’une communauté d’agriculteurs engagés, ambitieux et qui est prête à prendre des risques pour accélérer la transition du plus grand nombre.

Notre approche est systémique, territoriale, collective et entrepreneuriale.

Vous avez créé un label. Quel est le message que vous voulez faire passer ?
Le label « Farm for Good » a pour but d’aider les agriculteurs à trouver des débouchés pour leurs productions et d’être totalement transparents avec les consommateurs. Il permet de mettre l’accent sur les 3 piliers de notre charte :

  • Une agriculture bio et régénératrice
  • Une coopération territoriale
  • Une économie solidaire, permettant une juste rémunération pour les différents maillons des filières

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Notre premier succès, la moutarde BISTER. C’est un win-win. D’un côté, le partenaire industriel, ici Bister, profite d’un produit labellisé 100% bio, régénératif, belge, équitable, durable, particulièrement prisé par une frange grandissante des consommateurs en renforçant au passage son image de marque et en diminuant son empreinte carbone sans se soucier de tous les aspects de sourcing et de logistique totalement pris en charge par Farm For Good.
De l’autre côté, les agriculteurs renouent eux avec les cultures et traditions d’antan et s’approprient les pratiques culturales bio-régénératives fort du soutien d’un tiers de confiance qui les rémunère correctement pour leurs pratiques innovantes. « Nous œuvrons pour un renouement entre le monde agricole en transition et le monde de la transformation alimentaire, sur base de partenariats forts et de respect mutuel ». Convaincue depuis plusieurs années qu’un dialogue est possible entre ces deux mondes, Clotilde de Montpellier ajoute « la crise COVID ne fait que souligner cette urgence »

"Demain, l’on pourrait aussi imaginer sur chaque territoire un retour de farine d’anciennes variétés de blé aujourd’hui disparues ", avance Clotilde « Plusieurs fermes du réseau Farm For Good ont semé cette année pour multiplication des dizaines de variétés anciennes et en partenariat avec l’Agroecology Lab – ULB, nous allons étudier les comportements de ces variétés afin de sélectionner les plus prometteuses ». La ferme de 30 hectares de prairies et 30 de terres arables (dans le Condroz) que Clotilde de Montpellier gère depuis bientôt 6 ans sert d’ailleurs de laboratoire grandeur nature à toute cette aventure. En attendant, plusieurs boulangeries wallonnes nous ont contactées pour se fournir en farine exclusivement chez nos producteurs…

Quels sont les défis de demain ?
Aujourd’hui nous accompagnons la transition agroécologique de 10 fermes pour une superficie de 900 ha de terres agricoles. Notre objectif dans deux ans est de passer à une agriculture bio-régénérative pour un total de 3000 ha et d’ajouter une dizaine de fermes par an à notre réseau.

Mais avant tout, nous voulons montrer qu’il est possible de concrétiser la transition agroécologique d’une ferme en la rendant également plus rentable. Nous voulons relocaliser l’alimentation pour tous les hectares de nos fermes et ramener de la valeur ajoutée chez l’agriculteur. Le défi est de taille et notre succès ne sera garanti que si le consommateur comprend notre démarche et nous soutient en achetant nos produits ou s’il demande à son boucher, boulanger, magasin de proximité de se fournir en produits ‘Farm for Good’.

Si vous souhaitez en savoir plus, consultez les pages suivantes :

Farm for Good https://farmforgood.org/
FB : farm4good


Interview réalisée par Patricia le Grelle

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