Nul besoin de présenter le Docteur Yves Coppieters ’t Wallant, un remarquable représentant de la noblesse du 21è siècle, le moins alarmiste et le plus posé de nos experts COVID. Alors qu’il est particulièrement sollicité en cette période, il a eu la gentillesse de se rendre disponible pour nous présenter son parcours et son message.

« Yves Coppieters félicite nos jeunes pour leur courage et leur respect des autres, surtout de leurs aînés. Il les engage à continuer à vivre les valeurs de solidarité et d’exemplarité de l’ANRB ».

1. Pouvez-vous décrire en quelques mots votre parcours ?

J’ai entamé des études de médecine à l’UCL suivies d’un diplôme en médecine tropicale à Anvers car j’ai toujours eu pour objectif de partir pour des missions humanitaires. Fort de ce bagage, je suis parti pour MSF avec mon ex-épouse dans les camps de réfugiés situés dans le Kasaï (Congo).

Lorsque survient le génocide au Rwanda, nous avons rejoint Goma dans le nord Kivu pour soigner les réfugiés. C’est là que j’ai été confronté pour la première fois à une épidémie de choléra. J’ai alors réalisé qu’une épidémie, ça se gère avant de se soigner. Ce sont les armées internationales appelées en renfort qui ont organisé la logistique et structuré les populations avant que, nous, les médecins, puissions effectivement intervenir et commencer à soigner les malades.

Mon parcours m’a ensuite amené au Rwanda où j’ai relancé le système de santé, ce qui m’a appris à interagir avec le ministère, les opérateurs intermédiaires, les régions et provinces et, bien entendu, les hôpitaux.
Mes pas m’ont ensuite conduit au Tchad où j’ai ajouté la chirurgie à mon panel de compétences.

De retour en Belgique avec ma famille, je me suis formé en épidémiologie et santé publique dans l’optique de repartir au Congo. Mais, cela ne se fera pas et en 2000, j’ai rejoint l’Institut Tropical d’Anvers pour participer à des études sur une nouvelle épidémie, le SIDA.

L’ULB m’a alors proposé un doctorat comme chercheur en épidémiologie et santé publique. J’y suis toujours et ai décroché des postes de chargé de cours avant de devenir doyen de faculté jusqu’en 2019.

Au plan personnel, j’ai trois grands enfants. Aucun n’a choisi la voie des parents, tous deux médecins, puisque ma fille aînée est artiste peintre, mon fils, d’origine tchadienne, est chimiste, et ma cadette, d’origine congolaise, est encore courageusement aux études.

2. Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez été contacté par nos autorités et médias pour l’épidémie de COVID ? et quelle fût votre réaction ?

L’année académique 2019-2020 devait être une année sabbatique commencée par quelques mois au Congo dans un centre de formation et de lutte contre l’épidémie d’Ebola.

A mon retour, j’ai, avec des collègues, constaté ce qui se passait en Chine et en Italie et je me suis posé la question : est-on prêt ? Ce sera le sujet d’une carte blanche publiée le 23 février dans La Libre – La Belgique n’est pas prête, il faut bouger !

Mon voyage au Canada annulé, j’ai développé, au sein d’une task-force de l’ULB des modèles prédictifs et répondu aux sollicitations des médias radio, télévision, presse écrite.

Mon objectif : faire de la pédagogie sans alarmisme.

Mon atout : n’être pas seulement épidémiologiste mais aussi expert en système de santé publique.

3. En quoi cette expérience est-elle différente de celles des autres crises que vous avez vécues ?

En Afrique, la gestion d’une épidémie est beaucoup plus simple pour différentes raisons : il y a moins de débats, les systèmes de santé sont habitués à gérer ce type de situation, on mobilise en nombre, on circonscrit les foyers d’infection, on vaccine, on traite…

Chez nous, le découpage institutionnel rend impossible un leadership, chaque stratégie est discutée. L’identification des foyers… nul n’est besoin de rappeler la saga des tests. L’isolement est compliqué, seule la partie traitement est maîtrisée. Cela résulte du fait que notre système de santé est surtout un système de soins, avec guère d’investissement et de structures de prévention. Or, dans le cadre d’une épidémie, il y a proportionnellement peu de gens malades.

La démocratie n’a rien à voir avec ce manque d’agilité puisque l’Australie et la Nouvelle-Zélande arrivent à prendre des mesures plus incisives. Prenons exemple.

4. Qu’en retirez-vous à titre personnel ? de positif et de plus compliqué ?

Evidemment, j’apprécie la reconnaissance à titre personnel comme observateur de la crise.

Mais comme toute crise également, celle-ci est particulièrement chronophage et le temps investi m’a coûté très cher au plan personnel.

5. Le fait que vous soyez noble, l’avez-vous vécu comme un atout, une charge, un non-sujet, ... et pourquoi ?

Le fait d’être noble est un non-sujet pour moi. Cela l’a toujours été même si mon père serait désolé de l’entendre.

Je ne suis pas un adepte du réseautage et, à l’ULB, comme dans nombre d’environnements professionnels, ce n’est pas un atout pertinent.

Néanmoins, je ne ressens certainement pas cette appartenance à la noblesse comme une charge non plus. Je suis fier de ma famille et mes origines.

6. Quel message souhaiteriez-vous passer à nos membres, particulièrement les plus jeunes ?

Je les invite à respecter les valeurs de l’ANRB, à vivre comme des modèles de solidarité, à ne pas rester enfermés dans des ghettos mais plutôt être dans l’échange et s’investir pour chacun des membres de notre société qui en a particulièrement besoin en cette période de pandémie et, plus encore après, avec les crises économique et sociale qui en résulteront.

J’encourage les jeunes de l’ANRB à continuer à agir de façon responsable dans ce monde où chacun va devoir sans doute apprendre à vivre avec ce virus.

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Dessin réalisé par le Professeur Vincent Donckier de Donceel

Interview réalisée par Catherine de Broqueville

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